Un jour, sans vraiment nous en rendre compte, nous commençons à contourner certaines situations.
On n'ose plus traverser un ruisseau lors d'une randonnée.
On demande à quelqu'un de monter sur la chaise.
On renonce à s'accroupir pour jouer avec ses petits-enfants parce que c'est devenu moins confortable.
On demande à son conjoint de sortir le sac de courses du coffre.
Rien de tout cela ne nous semble important. Pris isolément, ces choix semblent insignifiants.
Pourtant, ils ont tous un point commun.
Ils réduisent peu à peu le monde auquel notre corps nous donne accès.
Le problème n'est peut-être pas que nous vieillissons. Le problème est que notre monde devient progressivement de plus en plus petit.
Ce n'est pas l'âge qui réduit notre monde
Cela ne se produit pas du jour au lendemain.
Le temps joue son rôle, bien sûr. Mais ce qui transforme le plus notre façon de vivre, c'est la diminution progressive des mouvements que nous utilisons.
Le corps est un formidable système d'adaptation. Lorsqu'un mouvement est régulièrement sollicité, il entretient les coordinations, les amplitudes, la perception du corps et la confiance nécessaires pour le réaliser.
À l'inverse, un mouvement que l'on n'utilise plus finit par devenir plus difficile. Non pas parce que le corps l'a « oublié », mais parce qu'il cesse de le considérer comme une solution utile. Le cercle vicieux est enclenché.
Petit à petit, nous disposons de moins en moins de réponses face aux situations que la vie nous propose.
Bien bouger, c'est disposer d'un large répertoire de solutions
Bien bouger n'est pas faire des mouvements compliqués.
C'est disposer d'un large répertoire de solutions.
- Se baisser de plusieurs façons
- Se relever avec aisance
- Retrouver son équilibre après un faux pas
- Se déplacer librement sur un terrain irrégulier
- Lever les bras sans avoir à contourner une raideur
Chaque nouvelle possibilité rend les suivantes plus accessibles.
Le mouvement ressemble davantage à un langage qu'à une collection d'exercices.
Le corps continue d'apprendre
Comme une langue, le mouvement s'appauvrit lorsqu'on cesse de l'utiliser. Et comme une langue, il peut s'enrichir à tout âge.
Plus notre vocabulaire est riche, plus nous pouvons répondre avec justesse à des situations variées.
On associe souvent l'apprentissage à l'enfance. Pourtant, notre système nerveux conserve toute sa vie une remarquable capacité d'adaptation.
Chaque situation nouvelle oblige le cerveau à trouver, tester puis affiner une réponse motrice. C'est cette capacité d'adaptation qui permet d'apprendre tout au long de la vie.
C'est ainsi que l'on améliore son équilibre. Que l'on retrouve de la fluidité. Que certains gestes redeviennent naturels.
Le mouvement est une compétence. Comme toute compétence, non seulement il s'entretient, mais il peut continuer à se développer.
Une autre façon de regarder le vieillissement
Nous abordons souvent l'avancée en âge comme une succession de pertes.
Moins de force. Moins de souplesse. Moins d'équilibre.
Cette vision n'est pas fausse. Elle est simplement incomplète.
Une autre question mérite d'être posée : quelles nouvelles possibilités mon corps peut-il encore développer ?
Car le véritable contraire du vieillissement n'est sans doute pas la jeunesse. C'est votre capacité de continuer à apprendre. À explorer. À enrichir votre répertoire de mouvements. À conserver un corps capable de s'adapter aux situations, plutôt que de les éviter.
Au fond, bien bouger n'est pas réaliser des gestes extraordinaires.
C'est continuer à élargir le monde auquel votre corps donne accès.