Pourquoi deux personnes qui consultent pour une douleur similaire peuvent-elles avoir besoin d'une intervention différente ?
Parce qu'un corps ne se résume pas à l'endroit où il fait mal.
L'âge, les antécédents, les capacités physiques, les fragilités, les habitudes de mouvement, les appréhensions et la manière dont le corps réagit sont autant d'éléments qui peuvent modifier la façon d'aborder une situation.
Et il y a aussi quelque chose de plus simple : nous n'avons pas tous les mêmes préférences.
Certaines personnes sont parfaitement à l'aise avec certaines techniques. D'autres peuvent être mal à l'aise avec un geste, une position ou une manière d'intervenir. Dans ce cas, une autre technique peut être proposée, afin de trouver une façon d'intervenir qui leur convienne davantage.
Cela mérite d'être entendu.
Comprendre son corps, c'est aussi comprendre la personne à laquelle il appartient.
Une consultation ne devrait pas être une méthode toute faite
Avant une consultation, il est parfois normal de se poser des questions :
Est-ce que l'intervention sera adaptée à mon âge ?
À mes antécédents ?
À ma douleur ?
À mes capacités ?
Et si certaines techniques ne me convenaient pas ?
Ces inquiétudes peuvent être particulièrement présentes lorsqu'on est fragile, que l'on a déjà vécu une mauvaise expérience ou que l'on ne sait tout simplement pas à quoi s'attendre.
L'objectif n'est pas de demander au corps de s'adapter à une technique prédéterminée.
C'est l'intervention qui doit s'adapter à la personne.
Cela commence par prendre le temps d'échanger, de comprendre ce qui vous amène et d'observer comment votre corps fonctionne et réagit.
Mais l'adaptation ne s'arrête pas là.
Une technique n'est pas une obligation
Une intervention manuelle ne se résume pas à une seule manière de faire.
Il existe différentes techniques et différentes façons de les réaliser. Même lorsqu'il s'agit d'agir sur une même région ou une même problématique, plusieurs possibilités peuvent être envisagées.
Une position peut par exemple ne pas vous convenir, alors qu'une autre vous permettra d'être beaucoup plus à l'aise.
Une technique peut également être parfaitement adaptée à une personne et provoquer de l'appréhension chez une autre.
Si une technique vous met mal à l'aise, il est important de pouvoir le dire.
Ce n'est pas à vous de vous contraindre à recevoir une technique qui vous inquiète ou avec laquelle vous n'êtes pas à l'aise.
Cela ne signifie pas pour autant qu'il existe toujours une technique de remplacement identique, ni que toutes les techniques se valent dans toutes les situations.
Il faut tenir compte à la fois de ce qui est pertinent pour votre situation et de ce que vous êtes à l'aise de recevoir.
C'est là que la diversité des possibilités d'intervention prend tout son sens.
L'état de santé compte également
L'adaptation ne concerne pas uniquement vos préférences.
Certaines situations nécessitent aussi des précautions particulières.
C'est notamment le cas lorsqu'une personne présente une fragilité osseuse importante. Certaines techniques peuvent alors ne pas être appropriées, tandis que d'autres possibilités d'intervention peuvent être envisagées.
L'objectif n'est donc pas de trouver une technique « douce » à tout prix.
Il s'agit plutôt de déterminer ce qui est pertinent, ce qui est possible et ce qui est adapté à la personne dans sa situation particulière.
Une situation concrète : une patiente de 85 ans
Cette nécessité d'adaptation est particulièrement évidente lorsqu'une personne présente des fragilités importantes.
Récemment, je suis intervenu au domicile d'une patiente de 85 ans, présentant notamment une fragilité osseuse importante.
Dans une telle situation, il était essentiel de tenir compte de son état de santé, de ses capacités, de ses mouvements et de ses appréhensions.
Il ne pouvait évidemment pas être question d'appliquer machinalement les mêmes gestes que chez une autre personne.
J'ai donc pris le temps d'échanger avec elle, d'observer ses mouvements et d'adapter progressivement l'intervention à sa situation.
Cette adaptation a permis d'obtenir un soulagement partiel dès la première intervention, puis une nette amélioration lors de la deuxième.
Ce résultat appartient évidemment à cette personne et à cette situation. Il ne permet pas de prévoir l'évolution d'une autre personne.
Il montre néanmoins quelque chose d'essentiel :
une intervention personnalisée ne consiste pas simplement à choisir une technique différente. Elle consiste d'abord à comprendre à qui l'on s'adresse.
Prendre le temps fait partie de l'intervention
On pense souvent à une consultation comme à un moment où le professionnel « fait quelque chose » au corps.
Mais une partie importante du travail se situe avant même le premier geste.
Écouter. Questionner. Observer. Comprendre. Puis adapter.
Un mouvement peut être facile pour une personne et difficile pour une autre.
Une position peut être confortable pour l'une et inconfortable pour l'autre.
Une technique peut convenir parfaitement à une personne et ne pas être adaptée à une autre, que ce soit en raison de sa situation ou simplement parce qu'elle n'est pas à l'aise avec celle-ci.
Prendre le temps n'est donc pas simplement une question de confort. C'est ce qui permet d'adapter l'intervention à la personne.
Cela concerne tout le monde
L'exemple de cette patiente de 85 ans rend cette nécessité d'adaptation particulièrement visible.
Mais elle concerne chacun.
Vous pouvez être jeune ou plus âgé, sportif ou non, très mobile ou limité dans certains mouvements.
Vous pouvez avoir une douleur récente ou un problème qui vous accompagne depuis longtemps.
Vous pouvez être parfaitement à l'aise avec les techniques manuelles ou, au contraire, avoir certaines appréhensions.
Dans tous ces cas, il n'est pas nécessaire de correspondre à un profil particulier.
Votre situation, vos besoins et vos préférences constituent le point de départ de la consultation.
Et lorsque venir au cabinet devient difficile ?
Certaines situations rendent le déplacement jusqu'au cabinet compliqué, voire impossible.
Cela peut être le cas lors d'une convalescence, chez une personne âgée ayant des difficultés à se déplacer, en cas de handicap ou lors d'une période de grande difficulté physique.
Selon la situation, une intervention à domicile ou en établissement peut alors être envisagée.
Mais le principe reste le même : prendre le temps de comprendre la personne et d'adapter l'intervention à ce qu'elle peut réellement recevoir.
Le lieu change. La personne reste au centre.
Et si vous hésitez à consulter ?
Vous n'avez pas besoin de connaître l'étiopathie, de savoir quelle technique pourrait vous convenir ou de déterminer vous-même si votre situation permet une intervention.
Vous pouvez simplement expliquer ce qui vous gêne, depuis combien de temps, ce que vous avez déjà essayé et ce qui vous inquiète éventuellement.
Vous pouvez également préciser si certaines techniques ou certaines positions vous mettent mal à l'aise.
Si vous avez peur qu'une intervention ne soit pas adaptée à votre situation, vous pouvez simplement en parler lors de votre prise de contact.
La première étape n'est pas forcément de savoir quoi faire. C'est d'abord de comprendre votre situation.
Comprendre son corps autrement
Comprendre son corps autrement, ce n'est pas seulement chercher à identifier l'endroit qui fait mal.
C'est aussi essayer de comprendre comment ce corps fonctionne, comment il bouge, comment il réagit et quelles sont ses particularités.
Une douleur peut être similaire d'une personne à l'autre sans que la situation soit la même.
Une technique peut convenir à l'un et ne pas convenir à l'autre.
Une situation de fragilité peut également nécessiter des précautions particulières.
Il n'existe pas une manière unique d'intervenir qui conviendrait à tout le monde.
Chaque corps a son histoire. Chaque personne a ses particularités, ses besoins et ses préférences.
C'est pourquoi l'intervention doit pouvoir s'adapter.
Vous n'avez pas à vous adapter à une méthode. C'est la manière d'intervenir qui doit s'adapter à vous.